Petit précis d’étymologie : la blouse

Après notre étude du marcel, Xavier Combe nous invite à parler de blouse, mais pas du blues, cette musique mélancolique géniale venue des esclaves du sud des Etats-Unis et qui est à l’origine du jazz, ou, par extension, ce sentiment de mélancolie, de cafard.
Parlons de la blouse. Qu’est-ce qu’une blouse ?

Le Larousse nous dit qu’il s’agit :

  • D’un vêtement de travail porté par-dessus les autres vêtements pour les protéger
  • D’un vêtement long, de toile ou de cotonnade, porté par les ouvriers, les paysans et différents corps de métiers jusqu’au début du XXème siècle
  • D’un corsage flou, boutonné

Dans certains esprits conservateurs, il s’agit d’un uniforme d’écolier censé gommer les différences sociales et de remettre un peu d’ordre là-dedans, et que ça saute, allez, ça suffit.

Les Blouse Brothers, en v.f., c’est tout de suite moins rigolo.

Dans le lexique de la mode du site Madmoizelle.com, une blouse est un vêtement le plus souvent à manches longues ou manches ¾. Elle est généralement ample et coupée dans des matières légères. Sur Madmoizelle.com, cette définition est suivie d’une photo d’un vêtement sans bouton. (Il faut dire que le mannequin qui le porte ne tient pas un Larousse dans ses mains). L’affaire se complique, donc.

Avant d’essayer d’y voir plus clair, une autre question : qu’est-ce qu’un chemisier ?

Chez Madmoizelle.com, le chemisier peut désigner deux choses : soit la chemise féminine (il n’existe pas de « chemisier » dans le vestiaire masculin), soit c’est une chemise qui reprend quelques codes de la blouse, comme la coupe large ou les matières fluides. Chez Larousse, le chemisier est tout bêtement un corsage de femme dont la coupe s’inspire de la chemise d’homme.

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…et la chemise “Boyfriend” est donc la première cause de suicide chez les traducteurs spécialisés dans le textile.

Très bien, mais qu’est-ce qu’un corsage ?

Chez Larousse, c’est un vêtement féminin qui habille le buste. Puisqu’il s’agit d’habiller le buste, allons voir chez les Robert, le grand et le petit.

A la réflexion, non, les Robert, ça nous prendrait trop de temps, voyons plutôt l’étymologie.

Corsage vient de l’ancien français cors c-o-r-s, mais pas le cor au pied, le corps mais sans le p.

Selon Malherbe, Achille était haut du corsage. (Sous-entendu, il était court sur pattes. Tellement court sur pattes qu’il avait des problèmes de cor au pied au talon).

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Hey, ‘scuse moi Achille, mais t’as pas d’sandales ? – Ah, mon pauvre Ulysse, aujourd’hui, pour sandale, t’as plus rien.

Bref, par extension, le corsage d’une robe, c’est la partie qui embrasse le corsage. On pourrait aller voir chez les Robert la définition exacte de embrasse, mais, hélas, et comme on l’a déjà dit, on n’a pas le temps, car, comme chacun sait, « Qui trop embrasse manque le train ».

A une époque pas si lointaine, il y avait la blouse de l’écolier, du médecin ou de l’ouvrier et puis il y avait le chemisier. Point. Les hommes, quant à eux, portaient des chemises. Quand il faisait chaud, les paysans et les ouvriers, courts sur pattes ou pas, travaillaient le corsage nu.

Aujourd’hui, la mode veut vendre des blouses aux femmes, sans doute parce que ça fait bien, mieux que les chemisiers. Pourquoi ?

Parce qu’en anglais chemisier se dit, tenez-vous bien, blouse (qu’il faut prononcer blaouss en anglais, sinon ça prête à confusion avec le blues, cette musique mélancolique géniale des esclaves qui travaillaient le corsage nu dans les champs de coton).

La mode manque tellement d’idées qu’elle va piquer des mots en anglais et qu’elle génère la confusion dans la langue française : qu’est-ce qu’une blouse ?

Comme disait le regretté Pierre Desproges : « Je t’en prie, mon amour, mets ton jean, ou reste nue, mais ne marche pas dans la mode, ça porte malheur ».