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Petit précis d’étymologie : le cochon d’Inde

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Combien pour ce petit lapin dans la vitrine ?

Pour son premier article étymologique, Pourparlers a choisi le cobaye idéal : le cochon d’Inde. Comme souvent en philologie, le petit animal offre une magnifique invitation au voyage à travers l’histoire, en particulier celle de la colonisation américaine.

Le terme Cobaye nous vient en effet de sabuya, du tupi, langue (ou plutôt groupe de langues) de plusieurs tribus autochtones du Brésil et du Paraguay, s’étendant de la côte jusqu’à la jungle amazonienne[1]. Ce sont les Portugais, principaux colons en contact avec ces peuples, qui ont probablement rapporté l’animal et déformé son nom en Europe au 16ème siècle. Surtout élevé pour sa chair en Amérique du Sud, il passe du laboratoire alimentaire au laboratoire scientifique en traversant l’Atlantique.

En France, cet usage scientifique a élargi l’emploi du terme « cobaye » jusqu’à l’appliquer à tout sujet d’expérience, fût-il humain. Aujourd’hui, les souris, à la gestation plus courte, ont pris la place du cobaye en laboratoire pour le renvoyer aux bons soins des enfants. C’est ainsi que le terme cobaye attribué à l’animal tombe doucement en désuétude tandis qu’en animalerie on lui préfère celui de Cochon d’Inde – moins connoté, mais plus tragique encore dans son origine.

Mais pourquoi nommer « cochon » ce qui est clairement un rongeur ? Nulle confusion zoologique en l’occurrence : on fait simplement référence au fait que le cobaye était autant consommé pour sa viande en Amérique (les Indes Occidentales) que le porc en Europe. Notons qu’il conviendrait donc ici d’accorder « Inde » au pluriel.

C’est d’ailleurs ce qu’ont fait les Espagnols, qui ont ajouté à la rigueur orthographique la rigueur scientifique et l’ont appelé Conejito de Indias (littéralement « petit lapin des Indes »). D’une part, l’appellation est plus juste du point de vue taxonomique : le cobaye est effectivement plus proche du lapin que du cochon[2]. D’une autre, tout en conservant l’aspect gastronomique du lapin, aussi consommé en Espagne, le suffixe ito donne à ce “lapinou” une touche mignonnette (kawaii, diraient les japonisants) qui sied merveilleusement à l’animal de compagnie préféré des enfants.

Mais que dire du Guinea Pig anglophone ? Comment expliquer une telle erreur géographique, puisque la Guinée se trouve en Afrique, la Nouvelle Guinée en Océanie et que l’animal est sud-américain ?

Paul Belle nous rassure sur les connaissances géographiques britanniques : ce serait oublier que les Anglo-saxons sont avant tout des commerçants, et que « Guinea » ne fait pas référence ici à un lieu d’origine, mais à son prix. Ce n’est donc pas d’un hypothétique cochon de Guinée dont il est question, mais d’un « cochon à une guinée ».

Il convenait donc d’être prudent quand on commandait des brochettes de porc pour quelques shillings, à l’époque…


[1] Il existe aussi une variété andine géante, le cuy (du quechua quwi), dont raffolent les péruviens et les publicitaires canadiens.

[2] Ils font tous deux partie de la branche des glires, mais le lapin est un lagomorphe, pas un rongeur.

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