Quelques conseils pour vos interventions en anglais

Tout récemment j’ai dû interpréter un intervenant italien qui parlait en anglais avec un accent fort prononcé. Normalement, ceci n’est pas un problème, car je suis habitué à l’accent italien, comme pratiquement tous les accents étrangers en anglais, mais cette personne était particulièrement difficile à comprendre ; d’ailleurs ce jour-là les participants anglophones n’arrivaient pas à suivre et certains d’entre eux qui comprenaient le français (la langue vers laquelle j’interprétais) ont pris les écouteurs dans l’espoir de mieux comprendre la version française.

D’habitude lorsque nous interprétons un discours, une fois le sujet et le plan de l’intervention présentés, nous arrivons à prévoir le cheminement de la pensée de l’intervenant, ce qui nous aide à interpréter de manière fluide. Ce jour-là, j’avais plus de mal que d’habitude, car j’ai dû m’arrêter, écouter et réfléchir à chaque phrase.

Je me suis demandé pourquoi, car je connaissais bien le sujet, ayant interprété un discours sur le même thème deux semaines auparavant (il s’agissait des dispositions concernant les allocations chômage en Italie). Sans être facile, cela aurait dû être relativement indolore !

En fait, le problème n’était pas dû à l’accent italien de l’intervenant en soi, mais à sa façon de placer l’accent tonique sur les syllabes et les mots et son débit constant sans pauses.

Selon Winston Churchill, « l’anglais est la langue la plus facile à parler… mal », et c’est un fait que l’anglais supporte très bien une grande diversité d’accents étrangers. Je pense que c’est dû au fait que sa compréhension dépend plus de la façon dont les mots et les phrases sont rythmés qu’à la prononciation correcte des consonnes, voyelles et diphtongues.

D’abord, le placement des accents toniques sur les syllabes des mots nous permet de bien entendre la racine du mot qui lui confère son sens ainsi que les syllabes dénotant la fonction de ce mot au sein de la phrase : nom, verbe, adjectif, adverbe, etc. Mais gare à vous si vous placez l’accent tonique au mauvais endroit ! Par exemple, récemment en écoutant un chanteur français prononcer dans une chanson le mot « happiness », dont l’accent tonique doit être placé sur la première syllabe pour signifier « bonheur ». Pendant un très court instant, j’ai cru comprendre autre chose car il plaçait l’accent tonique sur la deuxième syllabe, ainsi « haaappiness » devenait « happiiiness », ce qui faisait penser à une partie de l’anatomie masculine qui en effet, a le pouvoir de procurer un certain bonheur !

En plus, la façon dont l’intervenant accentue un mot plutôt qu’un autre dans la phrase nous permet de saisir le sens de la phrase ; cela s’applique d’ailleurs dans toutes les langues, à ma connaissance. Si vous dites la phrase suivante en mettant l’emphase sur le mot « British » : « The British will never agree to that… » (« les Britanniques ne seront jamais d’accord avec cela »), cela pourrait être suivi de : « … but the Germans just might » (« Mais les Allemands pourraient, à la limite, être d’accord»). Tandis que la phrase : « The British will never agree to that… », avec l’emphase sur le mot « never » (« les Britanniques ne seront jamais d’accord avec cela ») serait plutôt suivi de : «… Not in a million years » (« Jamais de la vie »). Ainsi, il sera plus facile pour les auditeurs anglophones de comprendre l’intervenant et pour l’interprète d’anticiper la direction que va prendre la phrase et rendre sa restitution dans l’autre langue plus fluide et plus facilement compréhensible.

Un autre élément à ne pas négliger concerne l’espacement des mots ou groupes de mots. Par exemple « goodbye » (au revoir) ne signifie pas la même chose que « good buy » (bon achat). Ceci vaut pour la différenciation des mots homophones comme « bye » et « buy », mais cela a également un impact sur le sens des phrases. Par exemple, la phrase « We attended the conference on trade tariffs…. [pause] … in Japan » (« Nous avons participé à la conférence sur les tarifs douaniers… [pause]… au Japon ») signifie que la conférence avait lieu au Japon, tandis que la phrase « We attended the conference… [pause] … on trade tariffs in Japan » signifie que la conférence traitait la question des tarifs douaniers au Japon.

Alors, si vous devez faire une présentation en anglais n’essayez pas de lire ou de réciter votre texte à toute vitesse dans l’espoir que cela rendra votre intervention plus efficace, vous réussirez peut-être à caser tout ce que vous voulez dire dans le temps alloué par le modérateur de la séance, mais il n’est pas dit que vous serez bien compris par votre public. Il est préférable de se donner le temps de bien rythmer son discours avec les accents toniques et les pauses aux bons endroits. Vous aurez peut-être besoin d’écourter votre présentation, mais au moins vous serez bien compris par les anglophones et par les interprètes qui pourront restituer votre message dans les autres langues avec une plus grande fluidité.